25 octobre 2009

Musset, Munch et Mozart mmm !

Petite anthologie poétique du dimanche VII

   Bonjour ! Enfin presque, le thème est un peu sombre aujourd'hui, mais tellement beau ! Je vous propose mon passage préféré du Lorenzaccio de Musset, celui que j'ai longtemps pu réciter avant de commencer à l'oublier doucement, la classe prépa aidant. L'extrait est un peu long, mais il me semble déjà que c'est presque un crime que de l'interrompre là, avant la fin de la réplique !

   Tu me demandes pourquoi je tue Alexandre ? Veux-tu donc que je m'empoisonne, ou que je saute dans l'Arno ? veux-tu donc que je sois un spectre, et qu'en frappant sur ce squelette... (il frappe sa poitrine) il n'en sorte aucun son ? Si je suis l'ombre de moi-même, veux-tu donc que je rompe le seul fil qui rattache aujourd'hui mon coeur à quelques fivres de mon coeur d'autrefois ? Songes-tu que ce meurtre, c'est tout ce qui me reste de ma vertu ? Songes-tu que je glisse depuis deux ans sur un rocher taillé à pic, et que ce meurtre est le seul brin d'herbe où j'aie pu ramponner mes ongles ? Crois-tu donc que je n'aie plus d'orgueil, parce que je n'ai plus de honte, et veux-tu que je laisse mourir en silence l'énigme de ma vie ? Oui, cela est certain, si je pouvais revenir à la vertu, si mon apprentissage du vice pouvait s'évanouir, j'épargnerais peut-être ce conducteur de boeufs - mais j'aime le vin, le jeu et les filles, comprends-tu cela ? Si tu honores en moi quelque chose, toi qui me parles, c'est mon meurtre que tu honores, peut-être justement parce que tu ne le ferais pas. Voilà assez longtemps, vois-tu, que les républicains me couvrent de boue et d'infamie ; voilà assez longtemps que les oreilles me tintent, et que l'exécration des hommes empoisonne le pain que je mâche. J'en ai assez de me voir conspué par des lâches sans nom, qui m'accablent d'injures pour se dispenser de m'assommer, comme ils le devraient. J'en ai assez d'entendre brailler en plein vent le bavardage humain ; il faut que le monde sache un peu que je suis, et qui il est. [...]

   Pour l'illustrer, Le cri de Munch. Les couleurs ne correspondent pas exactement à la façon dont je me représente cette scène, plus "bleue nuit", mais je n'ai pas trouvé qui exprime mieux ce "cri" qu'est la réplique, celui de l'homme qui enfin s'exprime sur ce qu'il est vraiment, ni qui exprime mieux cette solitude de l'homme détruit devant les passants indifférents ou au moins inactifs.

Munch_cri

   Et pour l'ambiance sonore, le dies irae de Mozart.

Posté par Anonyme du XXIe à 10:09 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Musset, Munch et Mozart mmm !

    Merci pour ton gentil mail, qui me permet de découvrir ton blog. Malheureusement je n'ai pas le temps de tout lire ce soir, mais je repasserai car tes articles ont l'air très intéressants !
    Gros bisous et bonne soirée

    Posté par Miss_Plumette, 26 octobre 2009 à 20:05 | | Répondre
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